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Les bons jours, Mary et ses quatre enfants mangent deux fois par jour. Mais, il arrive qu’ils ne mangent rien de toute une journée.

« Je fais de mon mieux mais je n’ai pas assez de nourriture. Je passe des jours entiers à chercher des nénuphars pour nourrir ma famille », raconte cette mère soudanaise de 30 ans, d’une voix douce, en mimant avec ses mains la petite quantité de nourriture qu’elle et ses enfants ont à manger.

Le manque de nourriture pèse sur la famille de Mary. Mes collègues ont discuté avec Mary à son arrivée dans l’une de nos cliniques dans une région reculée du Soudan du Sud. Elle avait marché trois heures sous un soleil brûlant, en portant Nyakuma, sa jolie et souriante fille âgée de 9 mois. « Nyakuma souffre de malnutrition parce qu’il n’y a pas assez à manger et je n’ai pas de lait maternel. Je l’amène à la clinique pour qu’elle puisse être soignée, » confie-elle à l’un de mes collègues, tenant sa fille contre sa poitrine et jouant avec ses petites mains.

L’histoire de Mary est malheureusement celle de nombreux Soudanais du Sud. En dépit du nouvel accord de paix qui devait mettre un terme à la guerre civile qui a débuté en décembre 2013, les besoins humanitaires au Soudan du Sud sont encore immenses. Parmi les 11,4 millions d’habitants que compte le pays, 7 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire. La faim est endémique et on constate des niveaux de malnutrition inquiétants sur l’ensemble du pays.

Depuis plusieurs décennies, les Soudanais du Sud doivent affronter crise après crise. J’ai débuté ma carrière humanitaire avec Medair il y a plus de 20 ans dans ce qui était alors le sud du Soudan, où nous répondions à la famine meurtrière de 1998. Cela m’attriste énormément de découvrir que la situation humanitaire est toujours dramatique, deux décennies plus tard. C’est donc avec le cœur lourd que j’écoute les histoires de personnes comme Mary.

Pourtant, rencontrer et interagir avec notre personnel sud-soudanais dans la clinique où j’ai rencontré Mary m’encourage à ne jamais renoncer à tendre la main à ceux qui sont dans le besoin, même si la situation peut paraître désespérée et la souffrance sans fin.

Assis à l’ombre d’un grand arbre, mes collègues me racontent l’immense espoir engendré par la déclaration d’indépendance du Soudan en juillet 2011. Un peu plus de deux ans après l’indépendance, cet espoir fut anéanti lorsque le pays s’enfonça dans une guerre civile meurtrière. Des millions de personnes ont fui leur domicile ou même traversé la frontière pour trouver refuge dans les pays voisins.

De nombreux membres de notre personnel ont fait de même. Cependant, après avoir placé leur famille en lieu sûr au Soudan, au Kenya ou en Ouganda, ils revinrent pour reprendre leur travail avec Medair et servir les membres de leurs communautés – des personnes comme Mary et ses quatre enfants, qui vivaient dans leur région natale.

Mes collègues sud-soudanais ont fait preuve d’un engagement extraordinaire. Ces dernières années, des vagues de violence ont mis leur vie en péril et certains ont perdu des proches. Pourtant, ils continuent de servir leurs compatriotes avec compassion et attention face à leur grande détresse.

Dans l’avion qui me ramène à la capitale du Soudan du Sud, après avoir visité les différents sites Medair dans le centre du pays, je regarde par le hublot alors que nous survolons des immenses marécages, et je pense à l’avenir du pays. Les défis et les difficultés auxquels sont confrontés des personnes comme Mary et sa famille sont très importants. Il n’est pas toujours facile d’entrevoir une lueur d’espoir dans un pays où la majorité de la population lutte pour sa survie. La situation au Soudan du Sud est compliquée et le chemin vers une paix durable et la reconstruction est long, mais si vous me demandez : « As-tu de l’espoir pour le Soudan du Sud ? », je répondrai « Oui ». Comment pourrais-je ne pas avoir d’espoir alors que les personnes touchées par la crise continuent d’avancer et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour servir leurs compatriotes et construire ce pays ?

Je ressens une grande humilité de pouvoir travailler aux côtés de personnes si dévouées, qui continuent d’espérer et qui travaillent très dur pour que Mary et sa jolie petite fille Nyakuma ainsi que des millions d’autres hommes, femmes et enfants au Soudan du Sud puissent rêver d’un avenir meilleur.